Conférence de Christiane Singer à Montréal le 22 octobre 2004
Il est essentiel de prendre soin de ce ciel en nous, invisible aux autres, de ce sanctuaire que la vie nous a édifié et que peuplent les messagers, ceux qui, de façon multiple, nous ont inspirés, conduits vers le meilleur de nous-mêmes.
Dans tous les lieux habités par la souffrance se trouvent aussi les gués, les seuils de passage, les intenses nœuds de mystère. Ces zones tant redoutées recèlent pourtant le secret de notre être au monde, ou comme l’exprime la pensée mythologique : là où se tiennent tapis les dragons sont dissimulés les trésors.
L’espoir ne doit plus être tourné vers l’avenir mais vers l’invisible. Seul celui qui se penche vers son cœur comme vers un puits profond retrouve la trace perdue.
Tout ce qui, de toute éternité, s’est produit au ciel et sur la terre, la vie de Dieu et toutes les actions du temps sont simplement les luttes de l’Esprit pour se connaître, se trouver, être pour lui-même et, finalement, s’unir à lui-même. Il est aliéné et divisé, mais seulement pour ainsi être capable de se trouver et de revenir à lui-même…
Lorsqu’elle existe sous une forme individuelle, cette libération est appelée « Je ». Lorsqu’elle est développée dans sa totalité, c’est l’Esprit libre. En tant que sentiment, c’est l’Amour et, en tant que plaisir, c’est la Béatitude.
Je suis devenu aveugle par accident, alors que je n’avais pas tout à fait huit ans. Complètement aveugle et définitivement. Au moins, selon les définitions et le vocabulaire de ceux qui ne sont pas aveugles. Car, pour moi, il en allait, tout autrement. Je voyais encore.
Quand je dis « lumière », je ne songe pas aux objets lumineux, au tourbillon de reflets et d’oscillations qui forme l’univers visuel. Je songe à la source qui, elle, est au-dedans.
Ce courant essentiel de lumière, cette puissance de lumière qui n’attend pas, pour être, que nous nous servions d’elle, elle est canalisée pour vous, commodément, pratiquement, à travers les yeux du corps. Il en résulte un monde, le vôtre.
Je ne vous vois pas blonde ou brune, peignée ou les cheveux fous, levant le bras ou le baissant. Je vous vois, ce qui est une autre affaire.
Toujours cette liaison de la lumière et de la joie, cette identité : c’est le fait central, constitutif de mon expérience.Mes amis eux-mêmes s’y trompent souvent : ils ne savent pas ce que je dis quand je dis « lumière ». Les yeux du corps se placent entre eux et leur regard intérieur. Ce regard, ils l’ont nécessairement, mais ils ont aussi un casque sur la tête.
– Jacques Lusseyran, Le monde commence aujourd’hui, 1959
1 @amyquerin 2 @marvin.leuvrey 3 @dominiqueissermann 4 ? 5 Mary Lizzie Macomber 6 Portrait de Jacques Lusseyran, auteur inconnu 7 ?
1 Ramon Gonzalez Teja, 1980 2 Correspondance de Gustave Flaubert à Louise Colet, 1846, sur L’Éternel Retour, film de Jean Delannoy, 1943 3 & 6 Robin Williams dans Hook, film de Steven Spielberg, 1991 4 & 5 Hugo Martial, 2009
Les vraies civilisations sont des saisissements poétiques : saisissement des étoiles, du soleil, de la plante, de l’animal, saisissement du globe rond, de la pluie, de la lumière, des nombres, saisissement de la vie, saisissement de la mort.
Depuis le temple du soleil, depuis le masque, depuis l’Indien, depuis l’homme d’Afrique trop de distance a été calculée ici, consentie ici, entre les choses et nous. La vraie manifestation de la civilisation est le mythe. L’organisation sociale, la religion, les compagnies, les philosophes, les mœurs, l’architecture, la sculpture sont figuration et expression de mythe.
La civilisation meurt dans le monde entier, parce que les mythes sont ou morts ou moribonds ou naissants. Il faut attendre qu’éclate le gel poussiéreux des mythes périmés ou émaciés. Nous attendons la débâcle. …Et nous nous accomplirons.
Dans l’état actuel des choses, le seul refuge avoué de l’esprit mythique est la poésie. Et la poésie est insurrection contre la société parce que dévotion au mythe déserté ou éloigné ou oblitéré.
On ne bâtit pas une civilisation à coups d’écoles, à coups de cliniques, à coups de statistiques. Seul l’esprit poétique corrode et bâtit, retranche et vivifie.
– Aimé Césaire, Appel au magicien, mai 1944, Haiti
1 Auteur indéterminé 2 Clothes by Yoshiki Hishinuma, 1986 3 Le Jardin d’Éden, Rubens et Brueghel l’Ancien, 1615 4 San Nicolás de Tolentino, Juan Pantoja de la Cruz, 1601
1 Faire-part de décès d’André Breton, 1966 2 Image du film À bout de souffle, réalisé par Jean-Luc Godard, 1960 3 Portrait d’André Breton photographié par Man Ray, 1931 4 Article de Paris-Actualité du 12 juin 1946 consacré à l’hommage rendu à Antonin Artaud pour sa sortie de l’hôpital psychiatrique 5 Extrait du roman Pilote de Guerre d’Antoine de Saint Exupéry, 1942
J’aimerais tant pouvoir une fois m’abandonner complètement dans les bras de quelqu’un qui me soutient de sa force aimante : cela me permettrait de goûter une fois la détente complète de tout mon être… Mais je n’ai jamais trouvé ces bras-là…”, me dit-elle, les yeux emplis de la tristesse d’une vie en laquelle son aspiration n’a jamais pu se vivre.
Avec douceur, je lui dis qu’il est possible qu’elle se dépose dans les bras du Vivant, si aucun être ne peut lui offrir les siens. Elle me demande alors: “Mais où sont-ils ?” Comme elle, d’autres interrogent : “Où sont les bras du Vivant ?” demande celle qui n’a jamais reçu le tendre soutien de la mère. “Où sont les bras du Vivant ?” demande celui qui n’a jamais reçu la force soutenante du père.
“Où sont les bras du Vivant ?” demande celle qui n’a jamais reçu le regard aimant de son compagnon. “Où sont les bras du Vivant ?” demande celui qui n’a jamais reçu l’accueil bienveillant de sa compagne.
Moi-même, j’ai longtemps cru que je ne pouvais me laisser aller, m’abandonner, parce que je ne trouvais pas, en face de moi, celui ou celle qui avait la force, l’amour, la capacité, de me tenir, de me soutenir, de me contenir, de m’offrir cet espace où je pourrais en toute sécurité, me poser, me déposer, me reposer, enfin…
Puis, un jour, allongée sur le sol, dans un champ, regardant le ciel, j’ai vu passer toutes mes pensées, et j’ai choisi, juste là, de lâcher toute idée que je dois faire, je dois gérer, je dois porter, je dois tenir bon…
À l’instant même, de tout mon corps, de tout mon cœur, de tout mon être, je me suis laissée aller, je me suis abandonnée sur le sol… De chaque fibre de mes muscles, de chaque cellule de mon corps, je me suis donnée le droit de ne plus me soutenir moi-même, de ne plus rien porter de moi…
Là, pour la première fois de ma vie, j’ai senti les bras du Vivant qui m’entouraient, qui me portaient, me soutenaient, me câlinaient et j’ai entendu la voix du Vivant qui murmurait à mon oreille : “Tu ne peux sentir mon soutien que lorsque tu cesses de te tenir. Tu ne peux sentir que je te porte que lorsque tu cesses de vouloir porter. Tu ne peux sentir que je t’entoure que lorsque tu cesses de me chercher ailleurs qu’en la sensation globale de tout ton corps. Je suis toujours là. Tu es toujours dans mes bras. Depuis toujours. Pour toujours. Pour un instant, perçois-le…”
Comment te connaître en tant que Lumière lorsque tu es au milieu de la Lumière – voilà la question.» «Eh bien, dit la Petite Âme en se ranimant, tu es Dieu. Trouve quelque chose !» Une fois de plus, Dieu sourit. « C’est fait, dit Dieu. Puisque tu ne peux te voir en tant que Lumière lorsque tu es dans la Lumière, nous allons t’entourer de noirceur.»
– Neale Donald Walsch, La Petite Âme et le Soleil, une parabole pour enfant d’après Conversations avec Dieu