Tout ce qui, de toute éternité, s’est produit au ciel et sur la terre, la vie de Dieu et toutes les actions du temps sont simplement les luttes de l’Esprit pour se connaître, se trouver, être pour lui-même et, finalement, s’unir à lui-même. Il est aliéné et divisé, mais seulement pour ainsi être capable de se trouver et de revenir à lui-même…
Lorsqu’elle existe sous une forme individuelle, cette libération est appelée « Je ». Lorsqu’elle est développée dans sa totalité, c’est l’Esprit libre. En tant que sentiment, c’est l’Amour et, en tant que plaisir, c’est la Béatitude.
Je suis devenu aveugle par accident, alors que je n’avais pas tout à fait huit ans. Complètement aveugle et définitivement. Au moins, selon les définitions et le vocabulaire de ceux qui ne sont pas aveugles. Car, pour moi, il en allait, tout autrement. Je voyais encore.
Quand je dis « lumière », je ne songe pas aux objets lumineux, au tourbillon de reflets et d’oscillations qui forme l’univers visuel. Je songe à la source qui, elle, est au-dedans.
Ce courant essentiel de lumière, cette puissance de lumière qui n’attend pas, pour être, que nous nous servions d’elle, elle est canalisée pour vous, commodément, pratiquement, à travers les yeux du corps. Il en résulte un monde, le vôtre.
Je ne vous vois pas blonde ou brune, peignée ou les cheveux fous, levant le bras ou le baissant. Je vous vois, ce qui est une autre affaire.
Toujours cette liaison de la lumière et de la joie, cette identité : c’est le fait central, constitutif de mon expérience.Mes amis eux-mêmes s’y trompent souvent : ils ne savent pas ce que je dis quand je dis « lumière ». Les yeux du corps se placent entre eux et leur regard intérieur. Ce regard, ils l’ont nécessairement, mais ils ont aussi un casque sur la tête.
– Jacques Lusseyran, Le monde commence aujourd’hui, 1959
1 @amyquerin 2 @marvin.leuvrey 3 @dominiqueissermann 4 ? 5 Mary Lizzie Macomber 6 Portrait de Jacques Lusseyran, auteur inconnu 7 ?
J’aimerais tant pouvoir une fois m’abandonner complètement dans les bras de quelqu’un qui me soutient de sa force aimante : cela me permettrait de goûter une fois la détente complète de tout mon être… Mais je n’ai jamais trouvé ces bras-là…”, me dit-elle, les yeux emplis de la tristesse d’une vie en laquelle son aspiration n’a jamais pu se vivre.
Avec douceur, je lui dis qu’il est possible qu’elle se dépose dans les bras du Vivant, si aucun être ne peut lui offrir les siens. Elle me demande alors: “Mais où sont-ils ?” Comme elle, d’autres interrogent : “Où sont les bras du Vivant ?” demande celle qui n’a jamais reçu le tendre soutien de la mère. “Où sont les bras du Vivant ?” demande celui qui n’a jamais reçu la force soutenante du père.
“Où sont les bras du Vivant ?” demande celle qui n’a jamais reçu le regard aimant de son compagnon. “Où sont les bras du Vivant ?” demande celui qui n’a jamais reçu l’accueil bienveillant de sa compagne.
Moi-même, j’ai longtemps cru que je ne pouvais me laisser aller, m’abandonner, parce que je ne trouvais pas, en face de moi, celui ou celle qui avait la force, l’amour, la capacité, de me tenir, de me soutenir, de me contenir, de m’offrir cet espace où je pourrais en toute sécurité, me poser, me déposer, me reposer, enfin…
Puis, un jour, allongée sur le sol, dans un champ, regardant le ciel, j’ai vu passer toutes mes pensées, et j’ai choisi, juste là, de lâcher toute idée que je dois faire, je dois gérer, je dois porter, je dois tenir bon…
À l’instant même, de tout mon corps, de tout mon cœur, de tout mon être, je me suis laissée aller, je me suis abandonnée sur le sol… De chaque fibre de mes muscles, de chaque cellule de mon corps, je me suis donnée le droit de ne plus me soutenir moi-même, de ne plus rien porter de moi…
Là, pour la première fois de ma vie, j’ai senti les bras du Vivant qui m’entouraient, qui me portaient, me soutenaient, me câlinaient et j’ai entendu la voix du Vivant qui murmurait à mon oreille : “Tu ne peux sentir mon soutien que lorsque tu cesses de te tenir. Tu ne peux sentir que je te porte que lorsque tu cesses de vouloir porter. Tu ne peux sentir que je t’entoure que lorsque tu cesses de me chercher ailleurs qu’en la sensation globale de tout ton corps. Je suis toujours là. Tu es toujours dans mes bras. Depuis toujours. Pour toujours. Pour un instant, perçois-le…”